17
Quelques explications…

Amos s’assit et commença à raconter à ses amis les aventures qu’il avait vécues après l’effondrement d’El-Bab. Il leur parla de la dernière malédiction d’Enki qui l’avait propulsé dans les Enfers et de son arrivée dans le grand hall de l’angoisse. Ensuite, il fit la narration de sa lente et pénible descente vers la cité infernale, sans omettre de leur parler de Charon, de Cerbère, de Baal, de Grumson, des Érinyes et de son sauvetage du Tartare par les Phlégéthoniens. Il expliqua comment les petits bonshommes de lave avaient fait de lui un nouveau Phénix et leur parla également du désert de glace, d’Orobas et des marais de la colère. Il leur décrivit avec précision la forêt d’épines et le champ de ruines, puis leur dit dans les moindres détails comment Yaune-le-Purificateur l’avait courageusement aidé à traverser le huitième niveau jusqu’à la cité infernale. Ensuite, Amos fit une pause avant de poursuivre son récit.

— Après, je ne me souviens plus exactement de ce qui s’est passé, avoua-t-il. Je suis devenu très confus ; mes idées se sont brusquement embrouillées et j’ai commencé à avoir des hallucinations. Par contre, je me rappelle avoir discuté de sujets importants avec d’autres damnés, mais de façon incohérente, complètement désorganisée. J’ai perdu la tête et…

Ses mains se mirent à trembler sans qu’il puisse les arrêter. De toute évidence, le souvenir de son passage dans la cité infernale le troublait encore énormément.

— Repose-toi un peu, lui proposa Lolya en lui prenant les mains. Il y a des choses qu’il vaut peut-être mieux garder pour toi.

— Non, non, ça va, répondit Amos, redevenu plus calme. J’ai de la difficulté à m’imaginer aussi déboussolé. Il me semble que je pouvais rester des jours entiers sans bouger, à regarder mes pieds ou à pousser des cris ! J’avais perdu toute volonté, et puis j’entendais des voix… Des voix qui m’ordonnaient de me mutiler ou d’attaquer autrui. C’était horrible ! Je tentais de leur résister, mais j’en étais incapable ! Elles étaient devenues omniprésentes, c’était insupportable ! À un moment, j’étais prêt à tout pour qu’elles se taisent quand, soudain, j’ai vu une grande lumière et… et…

— Et quoi ? demanda Béorf, pendu à ses lèvres.

— Et j’ai vu et entendu Banry Bromanson qui me disait : « Nous te ramenons à la maison ! » Finalement, je me suis réveillé sur une plage…

Devant ses amis tout à fait attentifs et ébahis, Amos continua son histoire en leur parlant de sa rencontre avec Aélig et de ses aventures dans la cité de Pégase. Il se vida le cœur à propos de la déception causée par son amoureuse en avouant qu’il avait de bonnes raisons de croire qu’elle avait tué son père.

À cet instant, Lolya reprit espoir et son cœur s’emballa. Bien qu’Amos eût de forts sentiments pour cette créature ailée, désormais elle ne serait plus un obstacle entre eux. Aélig ne deviendrait pas le cinquième membre de leur petit groupe et jamais elle n’aurait l’occasion de se racheter aux yeux du porteur de masques. La jeune icarienne avait commis l’irréparable en assassinant son père et, malgré son attachement pour elle, Amos ne lui pardonnerait pas une telle faute. La nécromancienne devrait donc retrouver sa place auprès de lui. Elle jouerait le rôle d’amie indéfectible jusqu’au jour où, peut-être, leurs cœurs pourraient enfin s’unir dans un même battement.

— Alors, voilà toute l’histoire, conclut Amos. Et vous, comment se fait-il que vous m’ayez trouvé ici ?

— Parce que nous sommes aussi futés que toi ! répliqua fièrement Médousa.

Lorsque Béorf avait reçu le message d’Amos, Médousa, Lolya et lui avaient décidé de partir à sa recherche. Comme le porteur de masques avait précisé qu’il se rendait dans une cité construite au sommet des montagnes, ils seraient obligés de voler. Maelström était encore trop frêle pour les porter tous, mais Médousa avait eu la brillante idée de retourner sur l’île de Freyja pour y emprunter la flagolfière. Faisant fi des protestations de Béorf, qui ne voulait plus monter dans cette machine infernale, la gorgone avait chevauché seule le dragon et avait volé jusqu’au pays des luricans où elle avait été accueillie comme une reine. Flag Martan Mac Heklagrœn lui avait même fait préparer deux autres paires de lurinettes au cas où il arriverait malheur à la première. En quelques jours, Médousa était revenue avec la flagolfière sur les côtes d’Upsgran et avec une délégation de luricans chargés d’établir un village et une route aérienne de commerce.

— Mais je croyais que les luricans vivaient cachés sous terre, dans la crainte que Freyja les élimine ! dit Amos, très étonné.

— Plus maintenant ! expliqua Médousa. Ils ont reconquis leur île et chassé la déesse. Aujourd’hui, ils construisent leurs maisons dans la grande plaine et contemplent chaque jour les courses folles des chevaux sauvages. Je crois que ton passage sur l’île a rétabli l’équilibre de leur monde à eux !

— Excellente nouvelle, ça ! se réjouit Amos. Et est-ce que les luricans pensent vraiment s’établir à Upsgran ?

— Non, non… répondit Béorf. Pour l’instant, ils vivent dans la vieille forteresse des béorites en compagnie de Geser et de Maelström.

— Et comment a réagi la population du village ?

— On ne le sait pas encore, avoua le gros garçon. Je ne suis plus chef et…

— Et il va le redevenir dès notre retour au village, l’interrompit Médousa. Béorf a, lui aussi, une grande mission à accomplir !

— Ah oui ! ? fit Amos, enchanté par la nouvelle.

— Je te raconterai plus tard, dit Béorf.

— Non, non ! protesta Amos. Raconte maintenant !

Le jeune béorite relata donc les aventures qu’il avait vécues depuis la chute d’El-Bab jusqu’à la découverte de Gungnir. Il expliqua le malheureux accident de Geser et rassura Amos en lui disant que la lance d’Odin était restée à Upsgran.

— Et avez-vous des nouvelles de ma mère ? demanda Amos.

— Oui. Elle est bien vivante et elle est avec Sartigan, assura Lolya. Mes osselets de divination m’ont révélé qu’elle était retournée à Berrion.

— Très bien…, fit le garçon, soulagé. Comme vous, elle aura probablement reçu mon message ! C’est une excellente nouvelle ! Ah oui, Lolya, j’ai un cadeau pour toi !

— Pour moi ? s’exclama la nécromancienne.

— Je crois que ceci te fera plaisir, continua Amos en lui présentant sa dague. Cette arme m’a été offerte dans les Enfers par un démon nommé Baal. Ne te fie pas à son apparence, car elle a prétendument de grands pouvoirs. Je crois qu’elle te sera plus utile qu’à moi ! Tu découvriras comment la manier de la bonne façon…

Dès quelle prit l’arme, Lolya en devina toute la puissance. Cette dague avait une aura d’énergie cent fois supérieure à n’importe quel objet magique qu’elle avait déjà tenu entre ses mains.

— C’est… c’est…, bafouilla-t-elle, c’est un magnifique cadeau ! J’en prendrai grand soin…

— Mais rappelle-toi toujours que c’est l’arme d’un démon, l’avertit Amos. Et Baal ne m’a jamais expliqué pourquoi il tenait tant à ce que je la rapporte dans le monde des vivants. Alors, je ne voudrais pas qu’il t’arrive du mal à cause d’elle, je ne me le pardonnerais pas…

— Ne t’en fais pas, le rassura Lolya. Tu peux dormir tranquille, je serai très prudente !

— Et qu’as-tu pour nous ? lança Béorf.

— Pour nous, tu n’as même pas un petit souvenir de ton magnifique voyage ? plaisanta la gorgone.

— Vraiment, là, je suis trop déçu…, ajouta le béorite en prenant un air pincé.

— La prochaine fois que j’y retournerai, rétorqua Amos, je vous rapporterai un morceau du mur du Tartare ou un peu de lave de Phlégéthon ! C’est bon ?

— Pour cette fois, oui ! fit Béorf en éclatant de rire.

— Mais dis-moi, Amos, demanda Médousa, redevenue sérieuse, as-tu une idée pour nous sortir de cette ville ? Je veux bien jouer à la déesse encore un certain temps, mais il faudra bien que cette comédie cesse vite !

Amos se gratta la tête.

— Oui, je pense avoir une petite idée. Pour rétablir l’équilibre dans la cité de Pégase, il faudrait que tous les citoyens puissent avoir la liberté d’expression et de religion. Le culte unique du dieu Pégase renforce trop le pouvoir des gardiens du dogme…

— Les gardiens du quoi ? dit Béorf.

— Du dogme… Ce sont les prêtres de la cité. Je pense que les citoyens devraient pouvoir choisir leur roi. Ils devraient être consultés et demeurer libres d’exprimer leurs opinions sans se sentir menacés par les autorités.

— Mais que faire pour que la population puisse choisir son roi ? lança Médousa.

— Chaque icarien pourrait voter pour le candidat de son choix, poursuivit Amos, et celui ayant accumulé le plus de voix deviendrait le roi de la cité de Pégase. Ce processus pourrait être répété, disons, tous les cinq ans, le temps que chaque élu montre sa capacité à gouverner.

— Crois-tu que ta copine Aélig acceptera d’être destituée ? questionna Lolya.

— Je l’ignore et ça m’est égal, parce que malgré ce que je ressens encore pour elle, avoua Amos, elle ne mérite sans doute pas de conserver son titre.

— Bien…, approuva Médousa. C’est un bon plan et comment s’y prend-on pour le mettre en action ?

— Nous devrions écrire une charte. Ensuite, tu la présenteras à l’oracle des oracles qui se chargera de la faire connaître au peuple. Je pense que si c’est la déesse elle-même qui demande aux icariens d’appliquer ces nouvelles règles, ils le feront sans discuter.

— Excellente idée ! s’exclama Béorf. Nous pourrions ensuite retourner à Upsgran l’esprit tranquille !

— Alors, au travail ! fit Lolya en prenant dans ses affaires une plume et un encrier.

Pendant ce temps, l’oreille collée à la porte, Aélig avait tout entendu. Elle avait préalablement congédié son escorte afin que personne ne sache qu’elle espionnait ainsi la déesse, et elle s’était installée pour écouter la conversation entre Amos et ses amis.

Rouge de colère, elle pestait en repensant aux paroles de son rodick : « Je crois qu’elle ne mérite pas de conserver son titre… » Quelle trahison de la part de celui qu’elle aimait ! Comment avait-il pu lui faire cela, à elle ?

« Mon père avait raison sur un point, pensa-t-elle, les sans-ailes sont des créatures fourbes qui n’ont pas plus d’honneur que de courage. Moi qui croyais pouvoir leur faire confiance, voilà que je me suis trompée ! J’ai vraiment été idiote de croire qu’Amos tenait vraiment à moi. Je lui ferai payer cette déloyauté ! »

La jeune reine regagna ses appartements et, toujours bouillante de rage, ordonna qu’on aille chercher deux de ses meilleurs archers. Elle aussi avait déjà son plan en tête : éliminer la déesse afin de reprendre son pouvoir sur la cité ! Grâce aux discussions qu’elle avait entendues à travers la porte, Aélig savait que la gorgone n’avait rien d’une divinité et que son arrivée dans la cité n’était qu’une mise en scène improvisée.

À l’arrivée de ses archers, Aélig se radoucit :

— En tant que reine de la cité, je dois m’assurer que la déesse est réellement la divinité qu’elle prétend être. Nous devons vérifier qu’il ne s’agit pas d’une imposture ! Cachez-vous près du Temple interdit à bonne distance de la porte centrale. Dès que la gorgone en sortira, l’un visera la tête et l’autre, l’abdomen. Vous la transpercerez chacun d’une flèche. Si elle est bien une déesse, ainsi qu’elle le prétend, elle survivra. Sinon elle mourra comme une simple mortelle.

D’accord. Nous aurons besoin d’un signal afin de coordonner nos tirs, dit l’un des deux archers.

— C’est moi qui vous le donnerai. Je me placerai en haut de la tour, juste à côté des urnes funéraires. De là, j’aurai une bonne vue sur le Temple interdit. Je porterai à mon cou un foulard de soie rouge. Lorsque je le laisserai tomber, ce sera votre signal ! Rappelez-vous ceci : je ne veux qu’une flèche chacun, mais bien placée. Vous fuirez ensuite sans vous faire remarquer. Oh, j’oubliais… tout travail mérite salaire, n’est-ce pas ?

La reine sortit de sa poche deux petits sacs remplis de pièces.

— Tenez ! dit-elle en leur lançant l’argent.

— Merci de votre générosité, chère reine…

Lorsque tout ceci sera terminé, je connais deux braves soldats icariens qui seront vite promus au titre de commandant en chef des troupes !

 

La Cité de Pegase
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